TAWHID (UNICITE D’ALLAH) 2

TAWHID (UNICITE D’ALLAH) 2

L’Unicité d’Allah est de deux sortes

Sheikh Abdel-Rahmân Ibn Hassan Âli ash-Sheikh

L’Unicité est de deux sortes

  • Une unicité dans la connaissance et la confirmation ; c’est l’unicité de la divinité, des noms et des attributs.
  • Une unicité dans l’imploration et l’objectif ; c’est l’unicité du déisme et de l’adoration.

Ibn Qayyim al-Djawziyyah (Rahimahullâh) a dit :

« Quant à l’unicité à laquelle les messagers exhortèrent et dont les livres firent objet, c’est l’unicité dans la connaissance et la confirmation et l’unicité dans l’imploration et l’objectif.

Le premier genre sert à confirmer la vérité de l’entité du Seigneur, de Ses attributs, Ses actes, Ses noms, Ses paroles inscrites dans Ses livres et adressées à des serviteurs choisis ; il confirme également Ses jugements et sa Sagesse.

Le Qor’ân a clairement montré ce genre au début de la sourate du Fer [al-Hadîd], de « TA-HA », la fin de la sourate du Rassemblement [al-Hashr], le début de la prosternation, de la famille de ’Imrân et la totalité de la sourate du Culte pur [al-Ikhlâs] et d’autres encore.

Le second genre est celui qui apparaît dans la sourate : « Dis : O vous, les incrédules ! » et dans les paroles coraniques suivantes :

« Dis : « O gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allâh, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allâh ». Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis »

 [1]

Ainsi qu’au début et à la fin de la première sourate ; au début, au milieu et à la fin de la sourate du Croyant [al-Mu’minoûn], au début et à la fin de la sourate « al-A’raf », toute la sourate des troupeaux et la plupart des sourates du Qor’ân, voir même chaque sourate du Qor’ân contient les deux genre de l’unicité, en témoigne et y exhorte

[…]

SHeikh al-Islâm Ibn Taymiyyah (Rahimahullâh) a dit :

« L’Unicité apportée par les messagers contient la confirmation de la divinité d’Allâh en exclusivité en témoignant qu’il n’y a point de Dieu que Lui, Il est le seul digne d’adoration ; on ne peut se fier qu’à Lui ; on ne peut prendre d’allié que Lui ; on ne peut faire d’ennemis que par Lui et on ne travaille que pour Lui

[…]

Quiconque admet qu’Allâh – Tout-Puissant – est le Dieu de toute chose, et le créateur de tout chose, n’est pas nécessairement un homme qui l’adorerait sans rien Lui associer, l’Invoquerait tout exclusivement, espèrerait du bien de Lui, Le craindrait tout exclusivement, ferait des amis et des ennemis par Lui, obéirait à Ses Messagers, ordonnerait ce qu’Il ordonne et interdirait ce qu’Il interdirait […] » [2]

[1] Coran, 3/64

[2] Kitâb « Fath ul-Madjîd », p.15

Les interdits dont l’adorateur doit se repentir

Al-Imâm Ibn Qayyîm al-Djawziyyah (rahimahullâh)

[Ces interdits] sont aux nombres de « douze » mentionnés dans le Livre d’Allâh – ‘Azza wal-Djal – qui sont :

1] La mécréance [al-Kufr]-

2] Le polythéisme [ach-Chirk]-

3] L’hypocrisie [an-Nifâq]-

4] La perversité [al-Foussoûq]-

5] La désobéissance [al-‘Assyân]-

6] Le péché [al-Ithm]-

7] La transgression [al-‘Adwân]-

8] La turpitude [al-Fahchâ]-

9] Le répréhensible [al-Munkar]-

10] L’injustice [al-Baghî]-

11] Le fait de parler d’Allâh sans science-

12] Le fait de suivre une voie autre que celle des croyants-

C’est autour de ces douze [types d’interdits] que tournent tous les interdits d’Allâh La personne qui a la connaissance doit abandonner [tous ces interdits] sans exception et suivre [la voie] du Prophète. Il arrive que la personne puisse les avoir en totalité ou en partie ou en avoir un seul d’entre eux, comme elle peut les ignorer ou les connaître. Ainsi, la repentance [at-Tawbah] sincère consiste à se débarrasser de ces interdits et à s’en prémunir […] [1]

[1] Kitâb « Madâradj as-Sâlikîn bayna Manâzil Iyâka na’budu wa Iyâka nassta’în » de l’Imâm Ibn al-Qayyîm, vol-1 p.303

Vous avez, certes, en Abraham, ’alayhi salam un bel exemple à suivre

Cheikh Mohamad Ibn ’Abdilwahab, rahimahullah

Traduction d’une partie d’un chapitre de “fath al majîd, charh kitâb At-Tawhîd” de Cheikh Mohamad hâmid al fiqî annoté par Cheikh Ibn Baz, rahimahullah.
Auteur de kitâb At-Tawhid : Cheikh Mohamad Ibn ’Abdilwahab, rahimahullah.


Chapitre : Celui qui parachève la pratique de l’unicité entrera au paradis sans rendre de comptes.
L’auteur (Cheikh Mohamad Ibn ’Abdilwahab), qu’Allah le Très-Haut lui fasse miséricorde, dit : « celui qui parachève la pratique de l’unicité entrera au paradis sans rendre de comptes. ».

Explication :

De plus, et sans châtiments.
Je (auteur des explications) dis :
Parachever la pratique de l’unicité signifie la purifier dans les intentions et les actes des impuretés du polythéisme, des innovations et des actes de désobéissance.
L’auteur (Cheikh Mohamad Ibn ’Abdilwahab), qu’Allah le Très-Haut lui fasse miséricorde, dit : Allah le Très-Haut dit : « Abraham (Ibrahim) était un guide (Umah) parfait. Il était soumis à Allah, voué exclusivement à Lui et il n’était point du nombre des associateurs ». [1 ]

Explication :

Allah a décrit Abraham par ces caractéristiques qui sont l’essence du parachèvement de la pratique de l’unicité :

La première :

Certes , Abraham était une Umah, à savoir un guide et un imam qui enseignait le bien. Et il n’attint ce degré-là qu’après avoir parachevé les degrés de patience et de certitude nécessaires pour acquérir le statut d’imam en religion.

La deuxième :

La parole d’Allah : « soumis ». Cheikh al islâm Ibn Taymiyah dit au sujet de la soumission : « C’est être continuel dans les actes d’adorations et celui qui allonge la position debout ou ses inclinaisons ou ses prosternations en prière, nous dirons de lui qu’il est soumis. Allah dit : « Est-ce que celui qui, aux heures de la nuit, reste en dévotion, prosterné et debout, prenant garde à l’au-delà et espérant la miséricorde de son Seigneur » » [2 ]

La troisième :

« certes, il était voué exclusivement à Allah » :
Je (auteur des explications) dis :
L’érudit Ibn Al Qayim, qu’Allah le Très-Haut lui fasse miséricorde, dit : « Celui qui est exclusivement voué à Allah est celui qui est enclin à Allah et qui s’oppose à tout ce qui est adoré en dehors de Lui. »

La quatrième :

« certes, il n’était point du nombre des associateurs » :
Ceci pour la pureté de ses intentions, la perfection de sa véracité et son éloignement du polythéisme.

Je (auteur des explications) dis :
La parole d’Allah le Très-Haut nous qui éclaire cela est la suivante :
« Certes, vous avez en Abraham et ceux qui étaient avec lui un bel exemple (à suivre) » c’est-à-dire sur sa religion et celle de ses frères envoyés par Allah (Al mursalîn) comme la rapporté Ibn harîr, qu’Allah le Très-Haut lui fasse miséricorde.

« Quand ils dirent à leur peuple : « Nous vous désavouons vous et ceux que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions. Entre nous et vous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, seul. » Exception faite de la parole d’Abraham à son père : « j’implorerai certes, le pardon d’Allah en ta faveur bien que je ne puisse rien pour toi auprès d’Allah ». « Seigneur, c’est en Toi que nous mettoins notre confiance et à Toi nous revenons (repentants). et vers Toi est le Devenir. » »” [3 ]

Et Allah rappela au sujet d’Abraham, ’alayhi salam, lorsqu’il dit à son père « Aza » :
« Je me sépare de vous, ainsi de ce que vous invoquez en dehors d’Allah, et j’invoqurai mon Seigneur. J’espère ne pas être malheureux dans mon appel à mon Seigneur. Puis, lorsqu’il se fut séparé d’eux et de qu’ils adoraient en dehors d’Allah, Nous lui fîmes don d’Isaac et de Jacob ; et de chacun nous fîmes un prophète. » [4 ]

C’est ainsi que l’on parachève la pratique de l’unicité d’Allah :
Se désolidariser et se séparer du polythéisme et de ses adeptes, le fait de mécroire en eux par inimitié et haine du polythéisme.
_________________
[1 ] Sourate An-Nahl (16), verset 120.
[2 ] Sourate Az-Zumar (39), verset9.
[3 ] Sourate Al Mumtahanah (60), verset 4.
[4 ] Sourate Maryam (19), verset 48-49.


Auteur : Sheikh Muhammad Hâmid Al-Fiqî
Source : Fath Al majîd ; Charh kitâb At-Tawhîd de Cheikh Al fiqî. Page 66 Annotations : Cheikh Ibn Baz, rahimahullah.
Traduction : Abu Abdillah.

Article tiré du site http://www.sounna.com

Les effets de lâ ilâhâ illa’llâh

Sheikh Sâlih Ibn Fawzân Al Fawzân

Si cette Kalimah (parole) lâ ilâhâ illa’llâh (nul n’est digne d’être adoré sauf Allah), est dite avec véracité et sincérité du fond du cœur, et mise en pratique conformément à ce qu’elle implique- extérieurement et intérieurement- alors, ses effets seront vraiment bénéfiques aussi bien pour l’individu que pour la société.

Parmi les effets les plus importants :

  1. L’unification du monde musulman : celle-ci aura pour résultat la consolidation des musulmans et une entraide pour vaincre leurs ennemis aussi longtemps qu’ils continueront à suivre et pratiquer la même religion, et qu’ils adhéreront à la même et unique ‘aqîdah (croyance). Allah- Le Très Haut- dit :
  1. « Et cramponnez-vous tous ensemble au “Habl” (câble) d’Allah et ne soyez pas divisés » [1] « Et s’ils veulent te tromper, alors Allah te suffira. C’est Lui qui t’a soutenu par Son secours, ainsi que par (l’assistance) des croyants. Il a uni leurs cœurs (par la foi). Aurais-tu dépensé tout ce qui est sur terre, tu n’aurais pu unir leurs cœurs ; mais c’est Allah qui les a unis, car Il est Puissant et Sage. » [2]

    Différer sur les questions de ‘aqîdah (croyance) est la cause de division, de désunion et d’hostilité comme Allah -le Très Haut- le dit :

    « Ceux qui émiettent leur religion et se divisent en sectes, de ceux-là tu n’es responsable en rien : leur sort ne dépend que d’Allah. Puis Il les informera de ce qu’ils faisaient. » [3]

    « Mais ils se sont divisés en sectes, chaque secte exultant de ce qu’elle détenait. » [4]

    Ainsi, les gens ne pourront véritablement être unis qu’en ayant une conception correcte de l’îmân (la foi) et une croyance correcte du tawîd, toutes deux découlant directement de lâ ilâha illa’llâh. Pour cela, nous n’avons qu’à considérer la condition des arabes avant et après l’Islam.

  2. La prédominance de la sécurité et de la paix dans une société unie, qui croit en la parole lâ ilâha illa’llâh et la respecte. Puisque dans une telle société, les individus prendront soin de ne faire que ce qu’Allah a rendu halâl (licite) et d’abandonner ce qu’Il a rendu harâm (illicite) – agissant en conformité avec ce que la ‘aqîdah requiert. Cela préservera les gens de l’inimitié, de l’oppression et de l’injustice, ce qui les conduira à la coopération, l’amour et une profonde fraternité pour satisfaire Allah -Le Très Haut- agissant selon Ses paroles :

    « Les croyants ne sont que des frères. » [5]

    Ceci se refléta clairement dans la vie des Arabes avant et après leur croyance en lâ ilâha illa’llâh. Avant l’Islam, ils vivaient dans l’hostilité et l’insécurité, se battant constamment et s’entretuant. Cependant, lorsqu’ils embrassèrent l’Islam, tout changea ; et ces même gens vécurent ensemble en paix et dans une atmosphère où régnait l’amour et la fraternité, comme Allah- Le Très Haut- le dit :

    « Muhammad est le Messager d’Allah. Et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. »  [6]

    « Et rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères. »  [7]

    La réalisation du bonheur, la mise en place du Khilâfa (succession du pouvoir et de l’autorité) sur Terre, en maintenant la pureté de la religion et en restant ferme face à l’invasion de fausses croyances et d’idéologies étrangères. Allah dit :

    « Allah a promis à ceux d’entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres qu’Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l’a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu’Il a agréée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent rien et celui qui mécroit par la suite, ce sont ceux-là les pervers. » [8]

Donc, Allah Le Très Haut a fait de notre adoration et de notre obéissance sans rien lui associer, une condition de la réalisation de ces nobles buts.

Et ceci est la véritable signification de lâ ilâha illa’llâh.

_________________[1] Sourate 3 ; verset 103.

[2] Sourate 8 ; verset 62-63.

[3] Sourate 6 ; verset 159.

[4] Sourate 23 ; verset 53.

[5] Sourate 49 ; verset 10

[6] Sourate 48 ; verset 29.

[7] Sourate 3 ; verset 103

[8] Sourate 24 ; verset 55.


Source :
La ilaha illa’llah, ma’nahâ, makânatuhâ wa fadluhâ
Auteur :
Sheikh Sâlih Ibn Fawzân Al Fawzân.
Traduction :
Umm Issa, revu et corrigé par Ummu Wassim

“Les mains de Dieu”, “le trône de Dieu” : sens propre ou sens figuré ?

Question :

J’ai lu dans le texte du Coran un verset qui dit de Dieu que “ses deux mains sont largement ouvertes” (5/64). Faut-il prendre ce verset dans un sens figuré, ou bien Dieu a-t-il vraiment des mains comme nous ? De même, le Coran parle d’un trône de Dieu (57/4). La même question se pose.

Réponse :

Si les concepts de l’existence et de l’unicité de Dieu sont entièrement et facilement accessibles à la raison humaine, en revanche comprendre comment est Dieu est au-dessus de tout ce que cette raison humaine peut imaginer. En effet, Dieu ne ressemble à rien de ce qu’elle connaît et appréhende, et elle tourne donc à vide.

Pourtant, ne rien dire des qualités de Dieu sinon qu’Il existe et qu’Il est unique présente le risque de ne pas permettre aux hommes de développer une relation profonde et directe avec Lui. Il fallait donc bien que Dieu décrive aux hommes Ses qualités. Mais pour communiquer aux humains des concepts aussi élevés, que faire d’autre que d’utiliser les mots que les humains emploient et ont eux-mêmes forgés ? Que faire d’autre pour communiquer aux humains ce qui est indescriptible ? C’est pourquoi Dieu a dit de Lui-même dans Son livre qu’il est le Souverain, qu’Il est Juste, qu’Il est Miséricordieux, qu’Il Aime, qu’Il est Bon, que Ses mains sont ouvertes, qu’Il s’est établi sur le Trône, etc.

Un autre risque est alors apparu : celui que les hommes donnent à ces termes, empruntés ici pour décrire des réalités qui ne sont ni d’ordre humain ni d’ordre terrestre, le même sens qu’ils ont lorsqu’ils sont utilisés pour décrire des réalités humaines et terrestres. Pour parer à ce risque, Dieu a, parallèlement à l’utilisation des termes évoqués ci-dessus, précisé qu’ “il n’y a rien qui Lui ressemble” (Coran 42/11).

Différentes appréhensions de ces termes :

Tout ceci explique pourquoi des mots tels que “Main de Dieu”, “Trône de Dieu”, “Dieu entend et voit ce que vous faites”, etc. sont présents dans le Coran. Cependant, trois grandes tendances sont apparues au sein des musulmans par rapport à l’appréhension de ce genre de termes :

A) La tendance mujassimite :

Les hommes de cette tendance, comme Hishâm ibn al-Hakam, affirment que le mot “main” désigne, en ce qui concerne Dieu, une réalité. Cependant, ils vont plus loin et affirment que ce mot s’applique à Dieu de la même façon qu’il s’applique aux humains. D’où une tendance anthropomorphiste (“ressemblant aux humains”) évidente.

B) Les tendances jahmite et mutazilite :

Voulant éviter cet anthropomorphisme, les jahmites nient au terme “main” de vouloir désigner, en ce qui concerne Dieu, la même chose que ce qu’il désigne à propos des hommes. Cependant, ils partent plus loin et nient également à ce terme de désigner quoi que ce soit en ce qui concerne Dieu. Pour eux, ce terme ne désigne aucune réalité en ce qui concerne Dieu, et est à prendre dans un sens purement figuré. “La Main de Dieu ne désigne rien d’autre que la Puissance de Dieu”, disent-ils.

C) L’orthodoxie sunnite :

L’orthodoxie sunnite est du juste milieu : elle affirme que le terme “main” désigne une réalité à propos de Dieu. Cependant elle nie le “comment”. Elle reprend l’idée exprimée au début de cet article : ces termes ont été employés pour tenter de décrire l’indescriptible. Contentons-nous de les employer comme le Coran les a employés, mais en nous souvenant de ce que Dieu a aussi dit : “Il n’y a rien qui Lui ressemble”.

A l’intérieur de l’orthodoxie sunnite, les savants des premiers siècles (salafs) employaient la formule que Dieu a employée : “La Main de Dieu”, tout en rajoutant : “Dieu sait comment Il est, nous ne le savons pas”. Cependant, certains savants postérieurs (khalafs) ont écrit pour leur part : “La Main de Dieu est à comprendre dans le sens de la Puissance de Dieu”. Il existe donc aujourd’hui, à propos de la question de l’interprétation de ces “termes relatifs à Dieu”, deux sous-tendances à l’intérieur du sunnisme : celle qui reprend la position des “salafs” sur ce point, et celle qui partage la position des “khalafs”. Et le problème c’est que certains de ceux qui sont de cette première tendance accusent ceux qui sont de la seconde d’être en réalité de tendance jahmite ; à quoi ceux qui partagent la position des khalafs leur rétorquent qu’ils sont quant à eux de tendance mujassimite (anthropomorphiste) ! Aujourd’hui encore, les débats sont souvent passionnés, les disputes fréquentes : on s’accuse mutuellement de ne pas être de l’orthodoxie sunnite. Que faire ?

A y regarder de plus près, on s’aperçoit que partisans de la position des salafs sur ce point et partisans de la position des khalafs sont d’accord sur les deux premiers points suivants, mais divergent sur le troisième :

1) Ils nient tous deux que ce terme désigne à propos de Dieu la même chose que ce qu’il désigne chez les humains (c’est ce qui fait leur différence d’avec les mujassimites).
2) Ils affirment tous deux que le terme “Main” désigne une réalité en ce qui concerne Dieu (c’est ce qui fait leur différence d’avec les jahmites).
3) Cependant, les salafs entendaient n’employer que le terme figurant dans le Coran (“Main de Dieu”), tandis que les khalafs ont quant à eux autorisé l’emploi d’un terme voisin (“Puissance de Dieu”).

Mais cette apparente divergence à propos du troisième point reproduit-elle les divergences des tendances mujassimite et jahmite ?

Non, car si les salafs n’employaient que le terme employé dans le Coran (“Main de Dieu”), ils le traitaient au “On ne tombe pas dans le comment” (“lâ yuqâl kayfa”) : c’est ce qui fait leur différence d’avec les mujassimites. Et si les khalafs ont employé un terme voisin (“Puissance de Dieu”), ils reconnaissent explicitement qu’il s’agit juste d’une formule destinée à favoriser la compréhension du concept par le grand public, le terme “Main” désignant bien, à propos de Dieu, une réalité autre que celle de Sa Puissance : c’est ce qui fait leur différence d’avec les jahmites.

La question qui se pose ici est : pourquoi des savants postérieurs (khalafs) ont-ils adopté cette méthode, différente de celle des prédécesseurs (salafs) ?
Cheikh Thânwî en voit l’explication dans le fait suivant : alors que le grand public musulman (al-‘awâmm) des premiers temps jouissait de la simplicité originelle et naturelle du raisonnement, celui des siècles suivants subit indirectement l’influence de certains concepts d’origine étrangère, car ceux-ci avaient, au cours du temps, fini par imprégner de nombreuses catégories des populations. Pour grand public des siècles postérieurs, dire “Main de Dieu” revenait forcément à dire “Main comme la nôtre” : à cause de l’influence que nous venons d’évoquer, il n’était hélas plus capable d’allier l’emploi du terme “Main de Dieu” et la négation de l’anthropomorphisme (“Dieu ne ressemble pas aux humains”). C’est pourquoi certains savants de ces temps postérieurs (khalaf) trouvèrent comme solution temporaire de lui expliquer ce terme “Main de Dieu” en employant la formule “Puissance de Dieu”. Mais ces savants n’entendirent jamais dire que “Main de Dieu” signifie réellement “Puissance de Dieu” (comme l’ont dit les jahmites) ; tout au contraire, ils dirent clairement, se différenciant de la tendance jahmite, que les termes “Bal yadâhu mabsûTatân” désignaient bien une réalité différente de celle que désigne “Qud’rat-ullâh”, qu’ils ne traduisaient ces termes ainsi que pour faciliter la compréhension à l’égard du grand public, et ce uniquement à cause de l’influence de concepts d’origine étrangère que celui-ci avait subie (Bawâdir un-nawâdir, pp. 601-617). Hassan al-Bannâ a avancé, en des termes voisins, globalement la même explication (Majmû’at ar-rassâ’il, p. 455). A la lumière de cette explication, il écrit : “Il s’agit d’une différence qui ne mérite ni tapage ni entêtement” (Idem). Il écrit cependant préférer la formulation des salafs alliée au traitement “On ne tombe pas dans le comment”, afin d’éviter les risques d’interprétations mal venues. Mais, ajoute-t-il, cela ne peut mener à traiter ceux qui partagent la position des khalaf d’incroyants ou d’égarés (Idem).

Les explications de Shâh Waliyyullâh :

Shâh Waliyyullâh est un savant musulman de l’Inde, auquel des savants musulmans d’autres pays ont – à juste titre – attribué les surnoms de l’ “Ibn Taymiyya de l’Inde” et du “Ghazalî de l’Inde”. Il écrit au sujet du point qui nous intéresse ici :
“Sache que la foi en les qualités de Dieu relève des plus grandes formes du bien. En effet, cela est à même de permettre à l’homme d’être lié à Dieu, et l’apprête à prendre conscience de la Grandeur de Dieu. Sache également que Dieu est trop élevé pour être comparé à un concept ou à quelque chose de concret, (…) ou à être appréhendé par le moyen des mots forgés par l’usage humain. D’un autre côté, il n’y avait pas d’autre choix que celui de le faire connaître aux hommes, afin qu’ils se rapprochent de la perfection. Il était donc nécessaire qu’on utilise des termes désignant les qualités, mais en leur donnant le sens de ce qu’ils désignent comme finalité et non de ce qu’ils désignent comme origine : le sens de “la Bonté”, à propos de Dieu, est “le don sans compter”, et non pas “la douceur du cœur physique”. De même il fallait, pour exprimer le concept que Dieu contrôle toute la création, emprunter les mots employés d’habitude pour décrire le souverain qui contrôle son royaume : il n’y a pas d’autres mots qui parviennent à exprimer ce concept mieux que ceux-là. Il fallait également que soient utilisées des formules, mais à la condition qu’elles ne soient pas comprises comme des finalités en soi mais comme décrivant des réalités qui sont voisines (…), et à la condition qu’elles n’évoquent pas, pour celui qui les entend, les caractéristiques de ce qui est humain : il fut donc dit : “Dieu voit et entend” mais pas “Dieu goûte ou touche” (Hujjat ullâh il-bâligha, tome 1 p. 189).

Il écrit également : “On doit s’en tenir strictement à ce que Dieu Lui-même, ainsi que Son Messager, ont employé comme Noms de Dieu et Qualités de Dieu. Il a été interdit d’avancer de soi-même des Noms et des Qualités pour les employer ensuite à propos de Dieu. Cela est compréhensible : même si nous avons compris les principes sur lesquels se sont basées les sources de l’islam à propos des Qualités de Dieu – c’est ce que nous avons écrit au début de ce chapitre –, permettre aux gens d’employer ce principe pour avancer soi-même des Qualités et des Noms reviendrait à permettre l’égarement” (d’après Hujjat ullâh il-bâligha, tome 1 p. 192).

Shâh Waliyyullâh explique qu’il faut utiliser ces termes avec l’objectif sus-cité, l’objectif étant qu’ils produisent dans notre esprit l’effet escompté. Parallèlement à cela, il faut rappeler et se rappeler que “Il n’y a rien qui Lui ressemble”. Il rappelle que c’est ainsi qu’ont agi les musulmans sunnites des premiers siècles de l’Islam (Hujjat ullâh il-bâligha, tome 1 p. 190).

Shâh Waliyyullâh cite ensuite at-Tirmidhî, qui relève à ce propos que la tendance jahmite pense à tort que le simple fait d’employer à propos de Dieu les termes qu’Il a Lui-même employés revient à tomber dans l’anthropomorphisme. C’est faux, dit-il, car l’anthropomorphisme serait de dire : “La Main de Dieu est comme la nôtre, Dieu entend comme nous, Dieu voit comme nous”. Par contre, ce n’est absolument pas de l’anthropomorphisme que de dire comme Dieu Lui-même l’a dit : “La Main de Dieu, Dieu entend, Dieu voit”, tout en s’abstenant bien de dire : “La Main de Dieu est comme la nôtre, Dieu entend comme nous, Dieu voit comme nous”, et tout en disant au contraire : “On ne tombe pas dans le “comment” (“lâ yuqâl kayfa”). Ceci est même en tous points conforme à ce que Dieu Lui-même a dit : “Il n’y a rien qui Lui ressemble. Et Il est celui qui entend, celui qui voit” (Coran 42/11). (Cf. Sunan At-Tirmidhî).

Synthèse de la réponse :

Comme l’ont expliqué Cheikh Thânwî et al-Bannâ, il faut comprendre les raisons historiques ayant conduit certains savants sunnites des siècles postérieurs (khalafs) à cette divergence de méthodes conduisant au même résultat, et il faut donc éviter de se traiter les uns les autres de déviants. Pour autant, Shâh Waliyyullâh, Cheikh Thânwî et al-Bannâ ont préféré revenir à la méthode des prédécesseurs (salafs) dans leur façon d’appréhender ces mots relatifs à Dieu.

Il faut donc employer ces termes comme ils ont été employés dans le Coran, tout en se rappelant qu’ “il n’y a rien qui ressemble à Dieu”, et que le Coran a un objectif précis en employant de tels termes (comme l’a expliqué Shâh Waliyyullâh).

Ceci nous permettra de laisser ces termes produire dans notre esprit l’effet escompté (et visé par le Coran), en nous gardant tout à la fois de leur donner un sens anthropomorphique (“lâ nujassim wa lâ nushabbih”) ou de les vider de leur sens (“lâ nu’awwil wa lâ nu’attil”).

Quelques points essentiels pour se repérer sur le sujet :

1) “N’est semblable à Lui aucune chose” (Dieu, Coran). “Dieu est bien trop élevé pour qu’on puisse Le comparer à un concept ou à un objet (…), que les esprits puissent Le cerner ou que les mots usuels puissent Le décrire complètement” (Shâh Waliyyullâh).

2) “Pourtant il fallait bien qu’Il Se décrive (dans une certaine mesure) aux humains” (Shâh Waliyyullâh).

3) “Il a donc fallu que soient empruntés certains termes” et “que soient employées certaines formules” (Shâh Waliyyullâh).

4) “On ne décrit Dieu que par les termes par lesquels Lui-même S’est décrit ou Son Messager L’a décrit ; on ne dépasse pas (à ce sujet) le Coran et les Hadîths” (Ahmad ibn Hanbal). “Il n’est permis ni de nommer Dieu par autre chose que ce par quoi Il S’est nommé, ni de Le qualifier par autre chose que ce par quoi Il S’est qualifié” (Ibn Hazm).

5) “Ainsi ont dit plus d’un parmi nos référents, comme Sufyân ath-Thawrî, Mâlik ibn Anas, Ibn ‘Uyayna et Ibn ul-Mubârak : ce genre de textes est dit et on y apporte foi, mais sans traiter le “comment” (at-Tirmidhî). “Is’hâq ibn Râhwayh a dit : “Ces termes évoquant les Attributs divins, les répéter tels que les sources nous les ont donnés, ce n’est pas leur donner un sens anthropomorphique. Par contre c’est le fait de dire : “Il entend comme (telle créature entend)” et : “Il voit comme (telle créature voit)” qui consisterait à donner à ces termes un sens anthropomorphique”” (at-Tirmidhî).

Wallâhu A’lam (Dieu sait mieux).

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